GIREL Mathias

Philosophie | 哲学

 

 Résumés | 内容提要

Objet : 

L’ensemble des quatre conférences est pensé comme une introduction au pragmatisme, à travers trois de ses figures les plus célèbres, Charles S Peirce (1839-1914), William James (1842-1910) et John Dewey (1859-1952), même si des approfondissements seront proposés aux étudiants les plus avancés dans la connaissance de ce courant philosophique. La série, après avoir fourni une introduction générale à la notion de « pragmatisme » elle-même, est centrée autour de l’idée de « clarification ». 

Le pragmatisme est en effet apparu dans un texte de Peirce qui expliquait grâce à cette méthode « Comment rendre nos idées claires », et l’idée de clarification des enjeux moraux de toute discussion joue un rôle important dans la philosophie de William James. De même, chez John Dewey, le fait que nous devons sans cesse inscrire nos actions et raisonnements dans des situations confuses et ambiguës, qu’il s’agisse de l’épistémologie ou de l’éthique et de la politique, est un fil conducteur de toute l’œuvre. Si l’essentiel de chaque conférence sera consacré à la présentation de cette notion d’éclaircissement chez chacun de ces trois auteurs, nous tenterons, en conclusion de chaque séance, d’appliquer leurs aperçus à la question de contemporaine la « post-vérité ». Comment les idées des pragmatistes nous aident-elles à répondre à ce que les commentateurs contemporains décrivent comme une nouvelle période, dans laquelle « les faits objectifs ont moins de poids, pour façonner l’opinion, que des appels à l’émotion ou à la croyance personnelle », selon la définition qui avait été donnée par l’Oxford English Dictionaryquand il a introduit le terme en 2016 ?

 

Conférence 1 : Trois thèses pragmatistes et leurs variantes

On a souvent identifié le pragmatisme à des positions très différentes entre elles, puisque le terme est censé recouvrir des positions aussi différentes que celles de Peirce, Putnam, Rorty ou encore Sellars et Brandom. Il y aurait un pragmatiste scientifique, un pragmatisme plus littéraire, un pragmatisme naturaliste, un pragmatisme linguistique... Comment s’y retrouver ? La première conférence identifie trois thèses distinctement pragmatistes : une thèse sur l’enquête scientifique, une thèse sur la philosophie de l’esprit, une thèse sur les significations. A partir de ces trois thèses, comme nous le montrerons, on peut reconstruire l’ensemble des positions pragmatistes et aussi faire apparaître leurs différences majeures.

Commentaire  : Mathias GIREL, Pragmatic clarifications and dispositions in Peirce’s How to Make our Ideas Clear. Cognitio : Revista de Filosofia, PUCSP, Sao Paulo, 2017, 1 (18), pp.45-67. 〈https://revistas.pucsp.br/index.php/cognitiofilosofia/article/view/33436/23050〉(pour la section 1)

Contenu : 

Le Metaphysical Club et l’idée de croyance

Première thèse : le caractère pratique de l’enquête

Deuxième thèse : produits de l’esprit et dispositions

Troisième thèse : significations et effets pratiques

Articuler les thèses

Sens fort, sens faible de chaque thèse

 

 

Conférence 2 : Peirce : Éclaircir nos idées

La seconde conférence montre comment le pragmatisme est né dans un contexte épistémologique, chez Charles Sanders Peirce, et dans le cadre d’une réflexion sur la croyance et le doute. Nous présentons sa « maxime pragmatiste », destinée à fournir une clarification des notions abstraites, et en particulier des notions scientifiques, en référence aux « effets pratiques » (practical bearings, en anglais). Dans ce contexte, nous présentons à la fois sa typologie des modes de fixation de la croyance et une série d’exemples d’application de la maxime pragmatiste, dont l’énoncé par Peirce est : « Considérer quels sont les effets pratiques que nous pensons pouvoir être produits par l’objet de notre conception. La conception de tous ces effets est la conception complète de l’objet. » Nous verrons comment cette maxime peut s’appliquer aux notions abstraites.

Support : Charles S Peirce, « Comment rendre nos idées claires »,Writings, , IUPUI Press, vol. 3 ; Commentaire : Mathias Girel, « Éclaircir les conceptions » : Peirce et Whewell, 1869, Cahiers Philosophiques, numéro spécial Peirce, 150, 3e trimestre 2017, 35-44.

Contenu : 

Enquête et fixation des croyances

Trois degrés de clarté

Les éclaircissements pragmatistes

Peirce et Whewell

Eclaircissements et obscurité

Eclaircissements et confusion

 

Conférence 3 : William James. Éclaircir les situations morales

C’est William James qui rendu la notion de « pragmatisme » célèbre, dans une conférence de 1898, « Philosophical Conceptions and Practical Results ». Il avait pour programme d’étendre l’application de la maxime de Peirce au-delà des sciences expérimentales. En nous aidant de ses textes à teneur morale des années 1890, « On a Certain Blindness in Human Beings », « The Moral Philosopher and the Moral Life » et « What Makes a Life Significant », nous présentons la position la position de James face aux grands choix éthiques. En replaçant James dans la lignée « perfectionniste » qui part d’Emerson, nous tenterons de montrer en quel sens la signification d’un acte est pour lui une question centrale, précisément celle que la morale a pour fonction d’éclaircir.

Supports : Textes cités, dans Talks to Teachers et The Will to Believe, Works of William James, Harvard University Press.

Commentaire : Mathias Girel, Les Angles de l’acte. Usages d’Emerson dans la philosophie de William James. Cahiers Charles V, Université Paris 7, Institut d’anglais Charles 5, 2004, pp.207-245.

– Pragmatisme et Éducation morale : Philosophie et conduite de la vie chez Peirce, James et Dewey. L’art du comprendre, 2007, Numéro spécial sur le pragmatisme, 49-79. 〈hal-01389371〉

Contenu : 

Pragmatisme et dilemmes moraux

« Ce qui donne du sens à une vie »

James et Emerson

Obligation et revendication morale

Actions et empirisme radical

L’enjeu des controverses philosophiques

 

Conférence 4 : John Dewey : Transformer la situation

Parmi ces trois auteurs, c’est sans doute Dewey qui a pensé avec le plus de radicalité que nous pouvions nous trouver dans des situations objectivement, et non pas seulement subjectivement, confuses. Il s’agissait pour lui de critiquer l’idée selon laquelle le doute et la confusion se trouvent uniquement dans l’esprit des sujets et ne sont que des états internes et subjectifs. Nous commençons pour lui toujours dans des situations dans lesquels les termes de nos problèmes ne sont pas clairement identifiables et nous transformonsces situations pour clarifier ces termes, pour les intégrer à nos enquêtes. Cette transformation implique d’agir sur notre environnement : c’est ce que fait l’expérimentation scientifique, lorsqu’au lieu de se laisser submerger par la masse des observations et de la multitude des paramètres, elle en sélectionne quelques uns, les plus stratégiques, pour observer leurs variations. Elle agit sur la situation pour la transformer et la rendre lisible. C’est également, pour Dewey, le cas en éthique et en politique. Certaines institutions politiques, légales, une trop grande inertie dans la pensée qui peut nous conduire à penser une situation avec des concepts propres à une époque antérieure de la pensée, comme c’est pour Dewey le cas du « libéralisme » ou de l’ « individualisme », peuvent en outre accroître cette confusion initiale. Nous étudierons dans cette quatrième et dernière conférence la dimension pratique de nos opérations de clarification.

Support : Dewey, Logique, 1938. Trad. Deledalle, Paris, PUF, 1967.

Commentaire : L’incertitude en pratique chez John Dewey, Raison publique, n°20, mai 2016, 13-35.Le Spectre de la certitude, sur John Dewey, La Quête de certitudeLa Vie des idées, janvier 2016.

Contenu : 

La notion deweyenne de situation

Déterminer les termes du problème

L’approche externaliste de l’esprit

Les situations douteuses

Pseudo-concepts et inertie de l’habitude

Transformer la situation